
Origine des zomes et rôle de Steve Baer
Le terme zome est aujourd’hui employé dans des registres très différents, parfois incompatibles. Il peut désigner une recherche architecturale précise, une forme inspirée du dôme géodésique, ou encore un volume auquel sont attribuées des propriétés symboliques ou énergétiques. Cette diversité d’usages entretient une confusion durable entre origine du concept, réalité géométrique et interprétations contemporaines.
Or, le zome ne relève ni d’une tradition ancienne redécouverte, ni d’une intuition spirituelle isolée. Il s’inscrit dans un cadre historique et intellectuel clairement identifiable, lié aux recherches structurelles menées aux États-Unis dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. Son apparition est indissociable du travail de Steve Baer, dont l’approche repose sur des hypothèses géométriques explicites et documentées.
Revenir à cette origine ne vise pas à figer le zome dans une lecture historique, mais à établir une base solide. Sans cette clarification, toute analyse formelle, structurelle ou spatiale repose sur des amalgames qui affaiblissent la compréhension du sujet.
L’essentiel à retenir
| Réalité | Le zome est une invention moderne, issue de recherches géométriques et structurelles précises |
| Limites | Confusion fréquente avec le dôme géodésique et les formes “inspirées” |
| Enjeu | Identifier une origine claire pour éviter les amalgames conceptuels |
Mise en contexte
Les zomes apparaissent dans un contexte très spécifique : celui de l’architecture expérimentale nord-américaine des années 1960–1970. Cette période est marquée par une remise en question des formes orthogonales, un intérêt croissant pour les structures autoportantes et une exploration systématique des relations entre géométrie et espace habité.
Les travaux de Buckminster Fuller sur les dômes géodésiques constituent alors une référence majeure, tout en laissant ouvertes certaines limites structurelles et spatiales. C’est dans ce paysage intellectuel, et dans des contextes expérimentaux comme Drop City, au Colorado, que Steve Baer développe ses premières recherches, en marge des cadres académiques traditionnels, à travers des constructions testées comme des hypothèses plutôt que comme des modèles aboutis.
Analyse centrale
À partir de ces expérimentations, Steve Baer engage une réflexion géométrique distincte de celle du dôme géodésique. Là où ce dernier repose sur une triangulation continue de la sphère, le zome explore d’autres principes de subdivision de l’espace, fondés sur des symétries de rotation et des facettages non triangulaires.
Sur le plan géométrique, ces recherches s’appuient notamment sur des volumes dérivés du triacontaèdre rhombique, non comme modèles à reproduire, mais comme supports d’exploration permettant d’identifier des zones structurelles différenciées.
Le zome ne vise donc pas une enveloppe homogène, mais une organisation relationnelle du volume, dans laquelle la discontinuité devient un principe constitutif plutôt qu’une anomalie à corriger.
Contraintes, limites ou erreurs fréquentes
La première erreur consiste à lui attribuer une origine ancienne ou traditionnelle. Aucune filiation vernaculaire documentée ne précède son apparition. Le zome n’est ni la redécouverte d’une forme oubliée ni la formalisation d’un savoir ancestral. Toute tentative de l’inscrire dans une continuité historique longue relève d’une relecture contemporaine, souvent motivée par des cadres symboliques extérieurs à son origine réelle.
Une seconde confusion fréquente tient à son assimilation directe au dôme géodésique. Si certaines proximités formelles peuvent induire cette lecture, les principes de subdivision de l’espace diffèrent sensiblement. Le zome ne repose pas sur la triangulation systématique d’une sphère, mais sur l’assemblage répétitif de polygones identiques selon des symétries spécifiques. Cette différence n’est pas théorique : elle a des conséquences concrètes sur la géométrie du volume, la lecture structurelle et les modes d’assemblage possibles.
Enfin, de nombreuses constructions qualifiées aujourd’hui de zomes s’éloignent du principe initial au point d’en devenir des formes hybrides. Certaines revendiquent une dimension symbolique ou sensible, parfois décrite comme relevant d’une géométrie dite “sacrée”. Cette approche peut faire partie d’une intention architecturale assumée par certains concepteurs, notamment dans des projets où l’expérience spatiale prime. Toutefois, elle ne constitue pas le socle conceptuel du zome tel qu’il a été formulé à l’origine. Les effets d’harmonie ou de continuité souvent évoqués trouvent leur source dans des choix géométriques précis, et non dans une intention mystique fondatrice.
Ce que cela implique concrètement
Comprendre l’origine des zomes impose une posture critique :
- accepter qu’il s’agisse d’une invention située, datée et signée,
- distinguer le concept original de ses réinterprétations ultérieures,
- éviter toute lecture symbolique non fondée.
Cette clarification est indispensable avant d’aborder les comparaisons structurelles. Elle prépare directement l’analyse des différences formelles et mécaniques entre zome, dôme et géode, sans laquelle toute discussion sur les usages ou les performances reste superficielle.
Cette clarification des origines ne prend sens que replacée dans une lecture plus large du zome comme objet architectural. C’est précisément ce cadre général — principes, logiques formelles et limites — qui est posé dans le guide comprendre le zome, auquel cette première analyse se rattache directement.
Une fois cette base historique établie, la confusion la plus persistante reste à traiter : celle qui assimile encore le zome au dôme ou à la géode. La distinction ne relève pas d’une nuance lexicale, mais de différences structurelles nettes, qui feront l’objet d’un article prochain consacré aux différences entre zome, dôme et géode.